Le mot du chef de corps
Mer 02/04/2008 - 12:12
Dans une perspective sociologique, nous pourrions indiquer que notre société est en pleine mutation. Son modèle post-industriel mettant l’accent sur le collectif, le « nous » est progressivement abandonné pour un modèle identitaire mettant l’accent sur l’individu, le « je ». Toute la difficulté réside dans le fait que ces deux modèles cohabitent.
Dans les faits, cette transformation sociale implique aussi des modifications au niveau mésosociologique et, plus particulièrement, au sein d’une institution comme la police. Les éléments les plus remarquables de ces changements relèvent de questions organisationnelles et il serait superfétatoire de revenir sur la réforme des polices que notre pays a connue ces dernières années.
Il nous paraît plus important de souligner le fait que le législateur a souhaité inscrire la nouvelle police intégrée, structurée au niveau local et fédéral, dans une philosophie de travail appelée Community Policing (Circulaire CP 1 du 27 mai 2003 ; MB 09/07/03).
Sans entrer dans le détail de ce texte, il convient d’indiquer qu’il met en avant cinq piliers sur lesquels doivent s’appuyer les services de police. Nous allons en extraire quelques idées qui nous paraissent importantes afin de les commenter.
La police doit tenir compte des attentes des citoyens. En ce sens, nous recueillons de l’information via des réunions de quartier, les courriers reçus et d’autres sources officielles comme le Moniteur de sécurité. Il nous est alors possible de définir des priorités pour rencontrer ces attentes.
Concrètement, à titre d’illustration, nous avons réalisé des actions précises en matière de vols dans les habitations et de police de la circulation routière, deux centres d’intérêt particuliers de la population.
Tant sur un plan global que par rapport à des sujets précis, nous rendons compte de nos actions aux autorités et, dans la limite de ce que la loi permet, aux citoyens. Un bilan annuel est présenté en conseil de police lors d’une séance publique. Nous transmettons de manière hebdomadaire ou mensuelle, selon le sujet, des rapports d’activité aux autorités compétentes que nous informons en toute transparence du fonctionnement de la zone de police. Notre service de contrôle interne examine les plaintes et il agit en collaboration avec le Comité P et l’inspection générale. Dans tous les cas, sauf lorsque la loi réserve cette prérogative à une autorité déterminée, nous répondons aux citoyens.
La zone de police privilégie le partenariat tant avec d’autres zones de police qu’avec la police fédérale. Des actions communes sont programmées sous l’égide du directeur coordinateur et nous veillons à articuler le travail judiciaire entre notre service local d’enquête et la police judiciaire fédérale dirigée par un directeur judiciaire.
Nous agissons également en concertation avec les services communaux et d’autres services publics afin de compléter nos actions.
Ce partenariat implique aussi que nous agissions en collaboration avec les organisateurs des diverses manifestations culturelles ou festives, afin que ces événements se déroulent en toute sécurité. Il ne s’agit pas d’imposer l’ordre public mais de négocier les modalités d’occupation de l’espace public, de lieux publics.
Au sujet des situations-problèmes qui sont portées à notre connaissance, nous actons les plaintes que nous transmettons aux autorités compétentes. Une confusion existe souvent dans le chef du plaignant qui attribue à la police des pouvoirs de décision et d’appréciation en terme d’opportunité. Or, ces compétences relèvent des autorités de police. Toutefois, dans le but de résoudre les situations-problèmes et de pacifier les relations sociales lorsque notre intervention est sollicitée, le policier joue le rôle de « juge de paix » parce que la justice ne peut tout traiter. Nous avons voulu prendre une autre initiative originale pour une zone de police, soit créer un service de médiation. Ce service a pour but d’aider les citoyens à co-construire une solution à leurs conflits avec l’aide de notre médiatrice. Il ne s’agit plus, comme le fait l’inspecteur de quartier, de rappeler la loi dans une logique transversale mais d’aider les citoyens à recréer des liens, dans une logique horizontale, dans la logique de l’agir communicationnel d’Habermas.
Nous mettons aussi l’accent sur l’accueil du citoyen dans nos locaux tant en ce qui concerne les modalités pratiques, comme un accueil personnalisé et confidentiel, que la manière de faire, soit le caractère humain et ouvert de cet accueil. Nos collaborateurs ont d’ailleurs réalisé une charte d’accueil à laquelle ils entendent se conformer. Plus particulièrement, nous avons une attention particulière envers les victimes d’infraction qui peuvent bénéficier de l’aide de notre assistante sociale. Et dans ce même contexte, nous avons mis en œuvre des actions particulières en matière de violences conjugales. Ce projet a été soutenu par la Fondation Roi Baudouin et nominé au prix belge de la prévention décerné par le Service Public fédéral Intérieur. Il faut aussi noter qu’il a suscité l’intérêt d’Amnesty International Belgique.
Enfin, nous mettons aussi l’accent sur la communication en Interne mais aussi avec les autorités et la population. L’existence de ce site en est la preuve. Nous réalisons aussi des réunions de quartier et des conférences thématiques. Nous faisons régulièrement des communiqués de presse et nous sommes invités sur les plateaux de télévision locaux et nationaux pour nous exprimer sur la zone de police et le fonctionnement de la police intégrée.
Une newsletter est adressée sur simple demande afin d’informer nos lecteurs des contrôles de la vitesse et d’autres sujets utiles.
Nous sommes conscients que malgré ces initiatives, nous devons chercher encore et toujours à améliorer le service au citoyen. Si nous ne refusons pas de nous remettre en question, nous n’hésitons pas non plus à interpeller les autorités, à tous les niveaux, afin de proposer d’adapter nos conditions de travail, tant en termes de ressources que sur un plan législatif, aux nécessités du terrain. Nous savons que c’est ensemble, citoyens, autorités et services de police, que nous pourrons œuvrer à la construction d’une société où il fait bon vivre car la police ne peut pas tout faire à elle seule. Ce ne serait d’ailleurs guère souhaitable dans une démocratie.
Claude Bottamedi
Chef de corps